UN PETIT ETRE DANS LA DETRESSE
Désolé, voilà plusieurs jours que nous ne vous avons pas donné de nouvelles. Moi, Diégo, j'étais OK : dans ma petite tête, bien pleine et bien faite, j'avais déjà peaufiné les histoires que je voulais vous raconter ... Mais voilà, ce n'est pas avec mes petites pattes que je peux taper sur le clavier, vous vous doutez bien ! Et ma Maman, qui est la cheville ouvrière de notre duo, était hyper occupée...
On sentait dans l'air une effervescence, notre maîtresse passait son temps au téléphone pour organiser quelque chose d'assez mystérieux. Les galgos surveillaient l'allée depuis la baie vitrée ... Mais rien à l'horizon !
... et moi j'étais monté dans la mezzanine pour guetter depuis la plus haute fenêtre de la maison, qui offre une vue imprenable sur les environs . Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?
Mais, au fait, qui attendions-nous ? On ne nous avait rien dit ...
Je finis par comprendre qu'il s'agissait d'une petite galga, remontée d'Espagne depuis une douzaine de jours par SOS-Levriers, qui était dans une famille d'accueil à Bordeaux, et pour laquelle tout le monde se faisait du souci, car elle était extrêmement peureuse, (limite trauma on ne savait pas trop) L'ambiance de sa maison d'accueil, située en ville et avec beaucoup d'enfants et de va-et-vient bruyant, ne convenait absolument pas à une galga terrorisée.
Notre maîtresse s'était proposée comme accueil d'urgence car chaque jour qui passait voyait son état émotionnel empirer.
C'était donc ce petit être en souffrance, une galga noire et blanche toute menue, nommée Pettra, que nous attendions ...
Samedi après-midi, Daniel et Dominique allèrent la chercher à Bordeaux, pas très loin de chez nous, environ 25 km, et nous l'amenèrent comme un trésor. La pauvre chérie était paniquée, dans son visage noir on voyait surtout ses yeux affolés.
Elle venait d'un village en Espagne, Tordesillas, où les habitants célébraient tous les ans une fête barbare en martyrisant un taureau que l'on poursuivait dans les rues en le blessant de multiples coups de lance. Mais il ne fallait pas le tuer avant qu'il ait franchi un certain pont et soit sorti du village, chargé des péchés de toute la population. Là, après un long supplice, on pouvait l'achever en le transperçant avec les lances, en lui arrachant les yeux etc... C'est la version contemporaine du "bouc émissaire" que pratiquaient les peuplades proche-orientales il y a des millénaires. Et ce pays qui fait partie de l'Europe, se dit moderne ! On peut imaginer comment ces gens traitent les galgos ...
Notre maîtresse avait préparé pour Pettra l'appartement inoccupé du rez-de-chaussée où nous logeons les chiens espagnols quand les associations s'arrêtent chez nous avec les "camions de l'espoir" qui emportent les galgos vers une nouvelle vie en France et dans le nord de l'Europe.
Pettra avait besoin de calme et de bons soins, mais surtout de calme, pour retrouver un semblant de sérénité.
Notre maîtresse s'aperçut dès le premier soir que ce n'était pas une galga trauma car elle acceptait les caresses avec plaisir. Elle était "simplement" extrêmement peureuse, mais pas murée dans le refus de tout contact. Il y avait de l'espoir.
Elle mangea son premier repas avec un bel appétit et se coucha sur le lit ...
Dès le lendemain, son expression avait changé, elle semblait un peu rassérénée, comme si elle comprenait qu'elle avait trouvé chez nous un asile où se reposer de sa longue misère.
Par contre l'extérieur la paniquait toujours et bien qu'elle commençât à faire confiance à notre maîtresse, elle grognait contre les chiens, en l'occurence la petite Chloé chargée de faire le testeur.
Aujourd'hui, les progrès continuent : elle s'est un peu approchée, jusque sur le seuil de la porte de sa chambre, pendant que notre maîtresse préparait ses croquettes et ensuite, lorsqu'elle l'a laissée après la longue séance de caresses et de grattouillis, Pettra l'a suivie pendant quelques mètres. Et, signe d'abandon confiant, Pettra a offert son petit ventre ...
Nous avons tous bon espoir de redonner à cette pauvre Pettra le goût de vivre ...