UN WEEK-END ESTIVAL
Ce premier week-end de septembre a la douceur sucrée d'un bouquet oublié dans le salon déserté d'une maison de vacances, qui se fane en répandant voluptueusement ses pétales sur le bois ciré d'une table...c'est romantique et un peu triste... comme la fin de l'été ...eh! oui! bientôt l'automne ... Mais c'est souvent la plus belle des saisons dans notre région bordelaise... Des petits matins où les chênes centenaires délimitant la prairie émergent d'écharpes de brouillard diaphanes, avec une goutte de rosée perlant en bout de feuille et des chevreuils sans crainte qui semblent sortir d'un rêve où l'homme ne tuerait pas les êtres sans défense.. Des midis crissant du chant des grillons, aussi chauds qu'au coeur de juillet, sous un ciel d'un bleu profond où courent quelques moutons blancs, juste pour faire joli ... Et des couchants sublimes, passant du pourpre au rose doré, spectacle d'une fugace beauté, pour se faire pardonner les jours qui raccourcissent trop vite ...
Oui, l'autome est une saison de charme et d'abondance ... les ronciers regorgent de mûres, tous les animaux, petits et grands s'en délectent, les oiseaux, les mulots, les ânes (qui se gavent aussi de glands) et les chiens. Le noyer ne va pas tarder à répandre au sol ses noix arrivées à maturité et les loirs qui squattent les greniers vont aller les ramasser pour s'assurer des provisions pour la mauvaise saison. La nuit, on les entend qui font rouler leurs noix comme s'ils disputaient au-dessus de nos têtes une partie de billard. Notre maîtresse prévient toujours les invités qui dorment chez nous pour la première fois de ne pas s'inquiéter des bruits bizarres dont la maison résonne : il y a les loirs dans les greniers et les chevaux et les ânes qui martèlent de leurs sabots le sol cimenté de l'écurie. Nous, nous n'y faisons plus attention, par contre parfois nous sommes réveillés par une sorte de miaulement modulé et plaintif, qui semble sortir de la cheminée. Nous aboyons tous en choeur, ne sachant pas trop à quoi nous attendre et je reconnais que c'est moi, Diégo, le plus petit, qui aboie avec le plus de détermination... Notre maman nous explique que c'est la chouette chevèche, perchée sur la cheminée, qui dialogue avec son compagnon.
C'est cela, la vie à la campagne et pour rien au monde nous ne pourrions nous en passer... Notre existence peut sembler routinière mais elle est riche de petits évènements qui en font tout le sel... A la nuit tombée et même parfois en plein jour, il n'est pas rare de voir une famille de chevreuils traverser la petite route, ou bien un blaireau affairé jaillir du fossé. Les renards sont chez eux dans nos prairies et notre maîtresse se bat depuis trente ans contre les chasseurs du coin qui veulent entrer sur sa propriété pour les éliminer comme nuisibles, et malheureusement la loi leur donne raison. Pourtant rien n'est plus beau que la flamboyante silhouette menue et sautillante d'un renard vaquant à ses affaires qui hélas se résument souvent pour ses assassins à un mot : poules, alors que son menu est plutôt constitué de mulots et de sauterelles... Et j'allais oublier les ragondins qui ont creusé leurs galeries dans les berges des mares. Ils ne sont pas craintifs et lorsque notre maîtresse apporte du pain aux chevaux dans la pâture, ils attendent à proximité pour cueillir prestement ce que les équidés laissent tomber...
Et surtout, il y a les hirondelles dont je vous ai déjà longuement parlé (voir article du 09/05/10) Elles occupent une place de choix dans notre vie comme dans notre maison. Et d'ailleurs à ce propos nous sommes un peu inquiets : cette année, elles sont reparties beaucoup plus tôt que les autres années. Généralement, elles nous quittent vers le 10 septembre. En 2009, certains couples ont fait une troisième nichée et sont partis mi-octobre. Et là, plus personne dès le 20 août, est-ce que cela signifie que nous allons avoir un automne pourri ? J'aurais tendance à faire confiance à leur instinct...
Ma maman n'a pas eu le temps de prendre de nouvelles photos, mille excuses, alors elle m'a chargé de vous faire un brin de causette, ce que j'ai fait avec grand plaisir... J'espère que ce récit bucolique vous aura fait passer quand même un agréable moment ...